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Lettre d’un Dunkerquois mobilisé
5 juin 1940

Lettre d’un Dunkerquois mobilisé, 5 juin 1940

Extrait d’un ensemble de lettres abandonnées dans un grenier des îlots Carnot de Dunkerque et offertes au CMUA à l’occasion des commémorations de l’Opération Dynamo. Cette lettre ne présente pas les difficultés de lecture habituelles. Il reste quand même intéressant d’apprécier comment notre écriture évolue depuis 1940, alors que le recours à la lettre et à la voie postale tendent à s’effacer. Nos sms et nos emails ne formulent déjà plus comme ce courrier du 5 juin 1940. Mais le grand intérêt du document est bien sûr dans les mots d’Henri, mobilisé hors de Dunkerque et qui s’inquiète pour les siens au fil des informations qu’il reçoit sur la situation dunkerquoise et s’interroge sur la destination des évacués. En ce 5 juin 1940, il montre son inquiétude et fait état de sa peur de l’artillerie. Dans la lettre suivante, le 7, il évoquera son « cafard » d’une écriture descendante…

Centre de la Mémoire Urbaine d'Agglomération - Archives de Dunkerque

 

Transcription

Le 5 Juin 1940

 

Mon cher Georges
Je t’envoi ces quelques mots pour te faire savoir
que ça va toujours bien avec moi la santé est toujours
bonne mais je ne peux pas en dire autant du moral
car je ne sais pas si tu es comme moi, ça fait 25 jours
aujourd’hui que je n’ai pas de nouvelles de maman ni de
Georgette et ça m’inquiete beaucoup, j’espere qu’il ne leur
est rien arrivé et qu’ils sont evacués, je me suis laissé
dire que (ils) ceux de Dque et environ étaient evacué en Charente
Inferieure mais je ne ne crois pas, ce serait plutot en Angleterre.
Sur le journal d’aujourd’hui Dunkerque a été abandonné par
la flotte alliée apres avoir pu retirer toute les troupes qui étaient
cerné dans le Nord et en Belgique apres la trahison du roi
les belges, tu parles d’un fumier celui la, notre pauvre ville
n’est plus que ruines y compris le port, beaucoup de navire
français et anglais sont coulé en rade j’ai appris tout cela
avec beaucoup de chagrin je te le dis.
J’espere mon cher Georges que tu es toujours en bonne santé
et que ça va bien avec toi il n’y a encore rien par chez toi
j’espere c’est toujours calme, il ne faut pas demander le pire
c’est trop terrible, je l’ai vu par moi-même aux avants postes
le plus terrible que j’ai eu jusqu’à maintenant c’est l’artillerie
ça ne pardonne pas beaucoup ces machins là afin  j’ai pu m’en
tiré c’est tout ce que je demande chaque fois que je suis dedans
Eh bien mon cher Georges je n’ai plus que toi pour correspondre
pour l’instant c’est malheureux mais c’est comme cela, je
voudrais tant avoir des nouvelles de maman et de ma petite
Georgette, savoir où ils sont, s’il ne leur est rien arrivé
de facheux enfin prenons un peu de patience ça viendra peut être.
Je termine ma lettre pour aujourd’hui mon cher Georges dans
l’espoir de te lire bientot.
Reçois de ton frère qui pense à toi et qui t’aime
ses meilleurs baisers fraternels.

Henri